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DGCCRF 2025 : 47 millions d'euros d'amendes pour retards de paiement — et vos droits de créancier que vous n'exercez pas

En 2025, la DGCCRF a infligé 47 millions d'euros d'amendes aux grandes entreprises qui paient leurs fournisseurs en retard. 40 % des sociétés inspectées sont hors-la-loi. Pourtant, la majorité des PME créancières n'exercent toujours pas leurs droits légaux : intérêts de retard (BCE + 10 pts), indemnité forfaitaire de 40 €... Tour d'horizon complet et mode d'emploi pour ne plus laisser d'argent sur la table.

InteretsLegaux.fr26 mai 202611 min de lecture

47 millions d'euros d'amendes en 2025 : la DGCCRF durcit la traque des mauvais payeurs

En 2025, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a franchi un cap historique : 47 millions d'euros de sanctions infligées aux entreprises ne respectant pas les délais légaux de paiement — soit une hausse de plus de 55 % en un an par rapport aux 30 millions enregistrés lors des cinq premiers mois de 2024. Sur 409 sociétés inspectées au premier semestre 2025, 40 % présentaient des irrégularités. 228 procédures de sanction ont été engagées.

Des noms connus figurent parmi les condamnés récents : Thales Avionics SAS (1,95 M€), Dalkia (1,75 M€), et de nombreuses ETI et grands groupes dont les délais de règlement fournisseurs dépassaient systématiquement les 60 jours légaux. Le message de la DGCCRF est clair : l'impunité appartient au passé.

Ce que cet article n'est pas : un guide pour débiteurs souhaitant éviter les amendes. C'est un mode d'emploi pour les créanciers — PME, artisans, freelances — qui veulent comprendre comment ce contexte réglementaire renforce leurs droits et comment en tirer parti concrètement.
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L'ampleur réelle du problème en France

Les chiffres sont vertigineux. Selon les dernières études Coface et Altares, les retards de paiement en France n'ont jamais été aussi élevés :

86 %
des entreprises françaises touchées par les retards de paiement
14,1 j
de retard moyen — en hausse constante depuis 2022
3,6 Md€
de créances fournisseurs non réglées sur les 8 premiers mois de 2025

Conséquence directe : 42 505 défaillances d'entreprises ont été enregistrées lors des huit premiers mois de 2025, soit 37 % de plus qu'avant la crise Covid. Pour 173 000 emplois, la trésorerie asséchée par des clients mauvais payeurs est la cause directe de la cessation d'activité.

La situation est particulièrement critique dans certains secteurs. Les délais moyens dépassent 21 jours dans la santé publique, 28 jours dans les services sociaux, et plus de 30 jours dans l'e-commerce. L'immobilier (29 jours), les restaurants (20 jours) et les transports sont également en rouge.

SecteurRetard moyenTendance
E-commerce> 30 j
Immobilier~ 29 j
Services sociaux~ 28 j
Hôpitaux publics> 21 j
Restauration> 20 j
BTP~ 18 j
Commerce de gros~ 12 j
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Comment fonctionne le contrôle DGCCRF

La DGCCRF dispose de pouvoirs d'enquête étendus. Les inspecteurs peuvent accéder à la comptabilité fournisseurs, aux relevés bancaires, aux contrats et conditions générales d'achat. Ils analysent statistiquement les délais réels de paiement sur une période glissante.

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Déclenchement

L'enquête peut être initiée par une plainte de fournisseur, un signalement sectoriel ou une sélection aléatoire. Les signalements anonymes en ligne sont pris en compte.

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Inspection

Les enquêteurs analysent les délais moyens de règlement sur 6 à 12 mois. Un délai moyen supérieur à 60 jours calendaires (ou 45 jours fin de mois) est une irrégularité caractérisée.

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Mise en demeure

L'entreprise reçoit un rapport d'injonction et dispose d'un délai pour régulariser. En cas d'absence de réponse ou de récidive, la procédure de sanction est engagée.

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Sanction

Le ministre peut prononcer une amende administrative : jusqu'à 2 M€ (4 M€ en récidive dans les 2 ans). La sanction est publiée sur le site de la DGCCRF (name and shame).

Vers 1 % du chiffre d'affaires mondial ? En juillet 2025, le ministre de l'Économie a annoncé une réflexion pour porter le plafond des amendes à 1 % du chiffre d'affaires mondial de l'entreprise sanctionnée. Pour un groupe réalisant 500 M€, l'amende potentielle passerait de 2 M€ à 5 M€. Le signal envoyé aux grands donneurs d'ordre est historique.
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Ce que ce durcissement change pour vous, créancier

La DGCCRF sanctionne les débiteurs — mais elle ne récupère pas les sommes pour vous. Les amendes vont au Trésor public. Votre argent, lui, reste bloqué tant que vous ne le réclamez pas. Ce contexte réglementaire crée néanmoins trois leviers concrets pour les créanciers.

Levier 1 — Le rapport de force a changé

Un grand compte qui sait qu'il risque une amende DGCCRF et une publication de sa défaillance est beaucoup plus enclin à régler rapidement. Mentionner dans votre mise en demeure que vous êtes en droit de signaler les délais excessifs à la DGCCRF est désormais un levier légal crédible et efficace — surtout depuis les sanctions record de 2025.

Levier 2 — Vos intérêts légaux sont exigibles de plein droit

Depuis la loi LME de 2008 (art. L441-10 du Code de commerce), les intérêts de retard courent automatiquement dès le lendemain de l'échéance, sans mise en demeure préalable pour les B2B. Le taux applicable au S1 2026 est de BCE + 10 points (soit environ 12,15 % annuel), bien supérieur à tout taux bancaire. Vous n'avez pas à négocier pour y avoir droit — mais vous devez les calculer et les réclamer explicitement.

Levier 3 — L'indemnité forfaitaire de 40 € s'additionne aux intérêts

Pour chaque facture B2B impayée à l'échéance, vous avez droit à une indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement — sans avoir à justifier la moindre dépense. Elle s'ajoute aux intérêts de retard et est due dès le premier jour de retard. Sur 20 factures impayées, c'est 800 € supplémentaires que vous pouvez réclamer.

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Vos droits légaux en détail : les chiffres concrets

Prenons un exemple concret. Vous avez émis une facture de 15 000 € HT avec un délai de règlement de 30 jours. Votre client règle avec 75 jours de retard (au lieu de la date d'échéance).

Simulation — Facture de 15 000 € HT, 75 jours de retard (S1 2026)
Base de calcul
15 000 € HT (taux B2B = BCE + 10 pts)
Taux applicable
BCE (2,15 %) + 10 pts = 12,15 % annuel
Intérêts de retard
15 000 × 12,15 % × 75 / 365
374,18 €
Indemnité forfaitaire
40 € par facture impayée
40,00 €
Total récupérable en plus
414,18 €

* Taux BCE du S1 2026 : 2,15 %. Le taux légal applicable aux créances professionnelles est de BCE + 10 points. Le calcul est proratisé au nombre de jours réels de retard.

Sur une facture de 15 000 €, 414 € supplémentaires peuvent sembler modestes. Mais ramenés à l'échelle d'une PME qui gère 50 à 200 factures par an avec des retards récurrents, le montant non réclamé devient rapidement plusieurs milliers d'euros — chaque année, pour rien.

Point légal : Les intérêts de retard B2B sont dus de plein droit sans qu'une clause contractuelle soit nécessaire (art. L441-10 C.com). Toute clause excluant ou réduisant ce droit est réputée non écrite. En revanche, les conditions générales de vente (CGV) peuvent prévoir un taux supérieur.
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Mode d'emploi : comment agir concrètement

Voici la séquence recommandée pour transformer ce contexte réglementaire favorable en recouvrement effectif :

01
Calculez vos intérêts dès l'échéance

Dès le lendemain de la date d'échéance, les intérêts commencent à courir. Utilisez un calculateur conforme aux taux légaux officiels pour obtenir un montant précis. Ce chiffre doit apparaître explicitement dans votre relance.

02
Envoyez une relance amiable avec les intérêts chiffrés

Une relance simple mentionnant le montant principal + les intérêts calculés + l'indemnité de 40 € est souvent suffisante pour débloquer le règlement. Le chiffrage précis montre que vous connaissez vos droits.

03
Mettez en demeure par LRAR avec mention DGCCRF

Si la relance reste sans effet, envoyez une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Mentionnez explicitement que vous vous réservez le droit de signaler les délais excessifs à la DGCCRF (www.signalconso.gouv.fr). Ce signal est légal et très efficace face aux grands donneurs d'ordre.

04
Signalez à la DGCCRF si nécessaire

Via SignalConso ou directement auprès de la DGCCRF, vous pouvez signaler un débiteur qui dépasse systématiquement les délais légaux. Le signalement est gratuit, anonymisé si vous le souhaitez, et peut déclencher une enquête.

05
Engagez la procédure judiciaire adaptée

Pour les créances B2B incontestées, vous pouvez désormais recourir à la nouvelle procédure simplifiée de la loi 2026-307 (sans juge, via commissaire de justice) ou à l'injonction de payer classique réformée par le décret 2026-96.

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Questions fréquentes

Est-ce que je peux réclamer des intérêts de retard même si mon contrat n'en parle pas ?
Oui, absolument. Pour les transactions B2B, les intérêts de retard au taux légal (BCE + 10 points) sont dus de plein droit par la loi, sans qu'une clause contractuelle soit nécessaire (art. L441-10 du Code de commerce). La loi prime sur l'absence de stipulation.
Mon client peut-il refuser de payer les intérêts de retard en invoquant la crise ou des difficultés financières ?
Non. Les difficultés économiques du débiteur ne constituent pas un cas de force majeure ni une cause exonératoire légale. Vous pouvez néanmoins choisir, par geste commercial, de ne pas les réclamer — mais ce choix doit être explicite et ne doit pas devenir une habitude annulant vos droits futurs.
Puis-je signaler mon client à la DGCCRF sans risquer de dégrader notre relation commerciale ?
Le signalement peut être effectué de manière anonyme via SignalConso. La DGCCRF ne dévoile pas l'identité du signalant à l'entreprise inspectée. Cela dit, dans la pratique, un signalement explicite dans votre mise en demeure (sans forcément le faire) est souvent plus efficace pour obtenir un règlement rapide.
Quelle est la prescription pour réclamer des intérêts de retard ?
La prescription est de 5 ans à compter de la date d'exigibilité pour les créances commerciales entre professionnels (art. L110-4 du Code de commerce). Vous pouvez donc réclamer des intérêts de retard sur des factures impayées remontant à 5 ans en arrière.
Les intérêts de retard sont-ils imposables ?
Oui. Les intérêts de retard perçus constituent un produit financier imposable pour votre entreprise. Ils doivent être comptabilisés en produits financiers (compte 762) l'année de leur encaissement ou de leur constatation.

En résumé : ne laissez plus d'argent sur la table

La DGCCRF a infligé 47 millions d'euros d'amendes en 2025. Le gouvernement prépare des sanctions encore plus lourdes. Pourtant, la plupart des PME créancières continuent de ne pas réclamer les intérêts de retard et les indemnités forfaitaires auxquels elles ont droit.

Ce n'est pas de la négligence — c'est souvent un manque d'outils simples pour calculer le montant exact à facturer. Le calcul des intérêts de retard B2B implique un taux variable semestriellement, une base TTC, une proratisation au jour près, et le cumul de l'indemnité de 40 € par facture. C'est faisable à la main, mais chronophage — et les erreurs sont fréquentes.

Notre calculateur effectue ce calcul automatiquement, en appliquant les taux légaux officiels du semestre concerné, et génère une mise en demeure PDF conforme en quelques secondes. C'est gratuit, immédiat, et c'est précisément ce que la loi vous autorise à réclamer.

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