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Loi du 23 avril 2026 : la nouvelle procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales incontestées (sans juge)

Publiée au JO le 24 avril 2026, la loi n° 2026-307 crée une procédure entièrement extrajudiciaire pour récupérer vos créances B2B incontestées : commandement de payer délivré par un commissaire de justice, délai d'1 mois, procès-verbal de non-contestation revêtu de la formule exécutoire par le greffe — et frais à la charge du débiteur. Décryptage complet, conditions, calendrier et impact concret sur vos impayés.

InteretsLegaux.fr4 mai 202614 min de lecture

Une révolution silencieuse pour le recouvrement B2B

Publiée au Journal officiel le 24 avril 2026 et entrée en vigueur dès le 25 avril 2026, la loi n° 2026-307 du 23 avril 2026 crée une procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales incontestées entièrement extrajudiciaire. Le créancier peut désormais obtenir un titre exécutoire sans saisir un juge, en passant par un commissaire de justice.

Adoptée dans un contexte de 56 milliards d'euros de factures impayées chaque année et de 68 574 défaillances d'entreprises en 2025 (record en 35 ans), la réforme cible le maillon faible des PME : le délai d'obtention d'un titre exécutoire face à un débiteur qui ne paie pas mais ne conteste pas non plus.

À retenir : la loi crée les nouveaux articles L. 126-1 à L. 126-6 du Code des procédures civiles d'exécution (chapitre VI, titre II, livre Ier). Elle recentre l'ancienne procédure de l'article L. 125-1 (recouvrement des petites créances) sur les litiges impliquant un non-commerçant, et offre aux relations B2B un outil dédié, plus rapide et dont les frais sont à la charge du débiteur.
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Pourquoi cette nouvelle procédure ?

Avant la loi du 23 avril 2026, un créancier B2B confronté à un impayé n'avait, en pratique, que deux outils faiblement adaptés :

L'injonction de payer

Procédure judiciaire écrite, plus longue, qui suppose un dépôt au greffe et une ordonnance — réformée par le décret du 16 février 2026 mais encore tributaire d'un juge.

La procédure L. 125-1 (petites créances)

Limitée à 5 000 € en principal et intérêts, frais à la charge du créancier, subordonnée à l'accord express du débiteur — autant dire rarement utilisable contre un mauvais payeur.

La loi du 23 avril 2026 corrige ces deux écueils : elle est réservée aux relations entre commerçants, ne fixe pas de plafond financier dans le texte de loi (le décret d'application précisera les modalités) et fonctionne sur le mode du silence vaut acceptation — le débiteur n'a plus à accepter, il a seulement la faculté de contester.

Selon la Banque de France, les retards de paiement augmentent de 25 % la probabilité de défaillance d'une PME. La loi vise à raccourcir d'autant le délai pendant lequel un créancier reste exposé à l'insolvabilité de son débiteur.
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Conditions d'application

Pour utiliser la procédure de l'article L. 126-1 CPCE, quatre conditions cumulatives doivent être réunies :

Une relation strictement entre commerçants

Le créancier et le débiteur doivent l'un et l'autre avoir la qualité de commerçant au sens du Code de commerce. Pour les créances impliquant un particulier, c'est l'article L. 125-1 (procédure des petites créances) qui reste applicable.

Une créance certaine, liquide et exigible

Comme pour toute procédure d'exécution, la créance doit être déterminée dans son montant, échue et non sérieusement contestable. Une facture acceptée et arrivée à échéance sans paiement remplit typiquement ces conditions.

Une créance issue d'une opération commerciale facturée

La créance doit résulter d'une opération commerciale ayant donné lieu à facturation. Les créances de nature non commerciale (loyers d'habitation, pension alimentaire, etc.) restent exclues.

Aucune contestation antérieure du débiteur

Si le débiteur a déjà adressé une contestation écrite et motivée avant le déclenchement de la procédure, la voie simplifiée est fermée — il faudra alors passer par l'injonction de payer ou une assignation au fond.

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Le déroulé pas à pas

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Saisine du commissaire de justice

Le créancier mandate un commissaire de justice (territorialement compétent dans le ressort de la cour d'appel du domicile du débiteur). Il fournit la facture, la mise en demeure préalable, le décompte des intérêts et de l'indemnité forfaitaire de 40 €.

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Délivrance d'un commandement de payer (art. L. 126-2 CPCE)

Le commissaire de justice signifie au débiteur un commandement de payer contenant les mentions obligatoires (à préciser par décret) : identité des parties, fondement de la créance, décompte précis, voies de contestation et délai d'1 mois.

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Délai d'1 mois pour payer ou contester

Le débiteur dispose d'un mois à compter de la signification pour : (a) payer intégralement la somme, (b) contester la créance par écrit motivé, ou (c) demander des délais de paiement.

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Procès-verbal de non-contestation (au plus tôt 8 jours après le délai)

À défaut de paiement et de contestation à l'issue du délai d'1 mois, et au plus tôt 8 jours après son expiration, le commissaire de justice dresse un procès-verbal de non-contestation constatant le silence du débiteur.

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Apposition de la formule exécutoire par le greffe

À la requête du commissaire de justice, le greffe du tribunal de commerce compétent vérifie la régularité de la procédure et confère au procès-verbal la formule exécutoire (art. L. 126-4 CPCE). Le créancier dispose alors d'un véritable titre exécutoire permettant saisies et mesures d'exécution forcée.

ÉtapeDélai cumuléActeur
Signification du commandement de payerJ + quelques joursCommissaire de justice
Expiration du délai de contestationJ + 1 moisDébiteur (silence)
Procès-verbal de non-contestationJ + 1 mois + 8 jours miniCommissaire de justice
Formule exécutoire apposée≈ J + 6 à 8 semainesGreffe du tribunal de commerce
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Une nouveauté majeure : les frais à la charge du débiteur

C'est probablement l'avancée la plus structurante de la loi du 23 avril 2026 par rapport à l'ancienne procédure de l'article L. 125-1 : les frais occasionnés par la mise en œuvre de la procédure sont à la charge exclusive du débiteur.

Avant (art. L. 125-1)

Les frais étaient à la charge exclusive du créancier. Pour une petite créance de quelques milliers d'euros, le rapport coût/recouvrement rendait la procédure peu attractive.

Depuis le 25 avril 2026 (art. L. 126-3)

Les frais sont à la charge exclusive du débiteur. Le créancier récupère intégralement le principal, les intérêts, l'indemnité de 40 € et la totalité des frais de procédure.

Le tarif exact du commissaire de justice doit être fixé par un décret en Conseil d'État (art. L. 126-6 CPCE). À la date de publication de cet article, ce décret n'est pas encore paru — la procédure est créée mais ne sera pleinement opérationnelle qu'après publication de ce décret tarifaire.

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Comparatif avec les autres procédures

CritèreProcédure L. 126-1 (nouvelle)Injonction de payerProcédure L. 125-1 (recentrée)
Qui peut l'utiliser ?Commerçant c/ commerçant uniquementToute personne ayant une créance contractuelle ou statutaireCréances impliquant un non-commerçant, ≤ 5 000 €
Plafond financierAucun (sauf décret)Aucun5 000 € principal + intérêts
Saisine d'un juge ?Non (titre par le greffe)Oui (juge du fond)Non
Charge des fraisDébiteurVariable selon décisionCréancier
Mécanisme principalSilence vaut absence de contestationOrdonnance puis opposition possibleAccord exprès du débiteur
Délai indicatif≈ 6 à 8 semaines≈ 2 à 4 mois≈ 2 mois si accord
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Le piège à éviter : un commandement de payer sans chiffrage des intérêts

Règle fondamentale : le titre exécutoire ne portera que sur les sommes chiffrées dans le commandement de payer. Comme pour l'injonction de payer, oublier d'inclure les intérêts de retard et l'indemnité forfaitaire de 40 € revient à renoncer définitivement à les recouvrer.

Pour un créancier B2B, quatre postes doivent impérativement figurer au commandement :

Le principal impayé

Montant TTC de chaque facture concernée, avec sa référence et sa date d'échéance.

Les intérêts de retard B2B (taux BCE + 10 points)

À défaut de clause contractuelle plus favorable, le taux légal applicable est celui de la Banque centrale européenne majoré de 10 points (art. L. 441-10 du Code de commerce). Au 1er semestre 2026, ce taux s'établit autour de 12,15 % par an (taux directeur BCE 2,15 %).

L'indemnité forfaitaire de 40 € par facture

Due de plein droit en B2B (art. L. 441-10, III C. com.). Voir notre guide complet sur l'indemnité forfaitaire de 40 €.

La demande d'intérêts à courir jusqu'au parfait paiement

Mention indispensable pour que le commissaire de justice puisse, lors de l'exécution, ajouter les intérêts postérieurs au commandement.

Exemple chiffré

PosteMontant
Facture n° 2026-018 du 15/01/2026 (échéance 15/02/2026)7 200,00 €
Intérêts B2B (taux BCE + 10 pts = 12,15 %) du 16/02/2026 au 04/05/2026 (78 j.)186,86 €
Indemnité forfaitaire de 40 €40,00 €
Intérêts à courir jusqu'au parfait paiementAu taux de 12,15 %
Total à inscrire au commandement7 426,86 €
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Nos conseils pour bien utiliser la procédure

1. Vérifier la qualité commerciale de votre débiteur

Consultez Infogreffe ou le RNE pour confirmer son immatriculation. Si votre débiteur est artisan, profession libérale ou particulier, la voie L. 126-1 est fermée — préférez l'injonction de payer.

2. Adresser une mise en demeure préalable

Bien que non exigée par la loi, une mise en demeure recommandée envoyée 8 à 15 jours avant la saisine du commissaire de justice fait souvent débloquer le paiement et constitue une pièce solide en cas de contestation. Voir notre modèle de mise en demeure.

3. Calculer précisément vos intérêts au jour de la signification

Le commissaire de justice s'appuiera sur votre décompte. Une erreur sur le taux ou la période ouvre la voie à une contestation et fait échec à la procédure. Utilisez un outil qui applique automatiquement les taux semestriels officiels.

4. Anticiper l'éventuelle contestation

Si le débiteur conteste — même de mauvaise foi — la procédure simplifiée s'arrête net. Préparez d'emblée le dossier nécessaire à un éventuel basculement vers une assignation en paiement devant le tribunal de commerce.

5. Surveiller la publication du décret d'application

Le décret en Conseil d'État (art. L. 126-6 CPCE) fixera les mentions obligatoires du commandement et la tarification du commissaire de justice. Sa publication est attendue dans les prochains mois ; tant qu'il n'est pas paru, la procédure n'est pas pleinement opérationnelle.

En résumé : ce qu'il faut retenir

La loi n° 2026-307 du 23 avril 2026 crée une procédure entièrement extrajudiciaire pour récupérer les créances commerciales B2B incontestées, sans saisir un juge.

Le créancier mandate un commissaire de justice qui signifie un commandement de payer. À défaut de contestation dans le délai d'1 mois, le procès-verbal de non-contestation est rendu exécutoire par le greffe du tribunal de commerce.

Innovation majeure : les frais sont à la charge exclusive du débiteur, contrairement à l'ancienne procédure des petites créances.

Pour récupérer la totalité due, chiffrez précisément les intérêts de retard et l'indemnité forfaitaire de 40 € dès le commandement de payer — ce qui n'est pas demandé sera définitivement perdu.

La procédure est en vigueur depuis le 25 avril 2026 mais sera pleinement opérationnelle après publication du décret d'application en Conseil d'État.

Préparez un commandement de payer en béton : calculez vos intérêts au taux légal B2B (BCE + 10 pts) au centime près et générez un décompte chiffré prêt à transmettre à votre commissaire de justice.

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