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Réforme de l'injonction de payer au 1er septembre 2026 : pourquoi vos intérêts doivent impérativement figurer dans la requête

Le décret n° 2026-96 du 16 février 2026 accélère la procédure d'injonction de payer : signification réduite à 3 mois, information automatique du créancier en cas d'opposition, exécution sécurisée. Mais le point souvent oublié reste décisif : les intérêts de retard doivent être chiffrés dans la requête, sinon ils ne seront jamais recouvrés. Décryptage complet.

InteretsLegaux.fr24 avril 202613 min de lecture

Une réforme attendue pour fluidifier le recouvrement judiciaire

Dans un contexte de 68 574 défaillances d'entreprises en 2025 (record en 35 ans selon EY) et de 56 milliards d'euros de factures impayées chaque année, le législateur a décidé de muscler l'arme la plus utilisée par les créanciers français : l'injonction de payer. Le décret n° 2026-96 du 16 février 2026, publié au Journal officiel et complété par la circulaire du 17 février 2026, réforme en profondeur la procédure.

Ses dispositions entrent en vigueur dès le 1er avril 2026, mais les nouvelles règles de procédure d'injonction de payer ne s'appliqueront qu'aux ordonnances rendues à compter du 1er septembre 2026. L'objectif affiché : accélérer les délais, sécuriser l'exécution et décharger les greffes.

Le point crucial à retenir : cette réforme ne change rien au principe fondamental de l'article 1407 du Code de procédure civile — les intérêts de retard doivent être chiffrés dans la requête. Si vous oubliez cette mention, le juge ne pourra pas vous les accorder et vous renoncerez, dans les faits, à plusieurs centaines ou milliers d'euros.
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L'injonction de payer en bref

L'injonction de payer est une procédure rapide, peu coûteuse et non contradictoire permettant à un créancier d'obtenir un titre exécutoire contre un débiteur qui ne paie pas. Elle est encadrée par les articles 1405 à 1422 du Code de procédure civile et, depuis la réforme du 1er mars 2022, l'ordonnance est directement revêtue de la formule exécutoire dès son prononcé.

Juge compétent

Tribunal judiciaire (B2C) ou tribunal de commerce (B2B)

Formulaire

CERFA 12948*06 (TJ) ou 12946*02 (TC)

Créance requise

Certaine, liquide et exigible

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Ce que change le décret du 16 février 2026

Le décret n° 2026-96 modifie plusieurs articles clés du Code de procédure civile afin d'accélérer le traitement des requêtes et d'automatiser les échanges entre le greffe et le créancier. Voici le tableau synthétique des principales évolutions :

Article CPCAvant la réformeÀ compter du 1er sept. 2026
Art. 1411Signification de l'ordonnance sous 6 moisSignification sous 3 mois, à peine de caducité (ordonnance non avenue)
Art. 1415Créancier devait demander un certificat de non-oppositionLe greffe avise automatiquement le créancier de l'opposition dans un délai d'1 mois
Art. 1416Délai d'opposition d'1 moisInchangé — 1 mois, effet suspensif
Art. 1407Requête : mentions obligatoires (identité, montant précis avec décompte, fondement)Inchangé — l'écueil principal reste là (voir section 4)
Bonne nouvelle pour les créanciers : la réduction à 3 mois pour signifier évite que l'ordonnance se périme entre les mains d'un débiteur qui déménage, et la notification automatique des oppositions met fin à la corvée du certificat de non-opposition, souvent long à obtenir.
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Nouveau calendrier type d'une injonction de payer

Voici les étapes qui s'appliqueront à toutes les ordonnances rendues à partir du 1er septembre 2026 :

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Dépôt de la requête (CERFA + pièces)

Dépôt au greffe compétent. La requête doit contenir le décompte précis de la créance, intérêts compris (art. 1407 CPC).

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Examen par le juge et ordonnance

Le juge statue sur pièces, sans convoquer les parties. Il peut accepter intégralement, partiellement ou rejeter la requête. Il ne peut pas accorder plus que ce qui est demandé : d'où l'importance du décompte.

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Signification au débiteur — sous 3 mois (nouveau délai)

Le créancier dispose désormais de 3 mois pour faire signifier l'ordonnance par commissaire de justice. Au-delà, l'ordonnance est non avenue.

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Délai d'opposition du débiteur — 1 mois

Le débiteur peut former opposition dans le mois suivant la signification. Le greffe informe désormais automatiquement le créancier de l'opposition sous 1 mois (art. 1415 nouveau).

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Exécution après 2 mois sans opposition

À défaut d'opposition dans le délai, l'ordonnance produit pleinement ses effets de titre exécutoire à l'expiration d'un délai de 2 mois après signification. Le créancier peut lancer saisies et mesures d'exécution.

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Le piège n° 1 : oublier de chiffrer ses intérêts dans la requête

Règle d'or : le juge statue dans la limite de ce qui lui est demandé (principe dispositif, art. 4 et 5 CPC). Si votre requête ne réclame que le principal, l'ordonnance ne condamnera le débiteur qu'au principal. Les intérêts ne seront jamais rattrapés après coup, même s'ils courent légalement.

L'article 1407 du Code de procédure civile impose que la requête contienne « l'indication précise du montant de la somme réclamée avec le décompte des différents éléments de la créance ». Les intérêts — qu'ils soient légaux, majorés ou contractuels — font partie intégrante de ce décompte. Trois composantes doivent apparaître :

Le principal impayé

Montant HT ou TTC des factures, loyers, échéances de prêt, etc. avec la référence de chaque pièce justificative jointe.

Les intérêts déjà échus à la date de la requête

Calculés depuis la date d'exigibilité (ou de mise en demeure selon les cas) jusqu'au jour du dépôt. Pour un professionnel, le taux légal « majoré » du S1 2026 est de 6,32 % (particuliers) ou 4,00 % (professionnels), sauf clause contractuelle.

Les intérêts à courir jusqu'au parfait paiement

La requête doit demander expressément que les intérêts continuent à courir jusqu'au jour du paiement effectif, au taux légal applicable ou au taux contractuel stipulé. C'est cette mention qui permettra au commissaire de justice d'ajouter automatiquement les intérêts postérieurs à l'ordonnance lors de la signification et des mesures d'exécution.

L'indemnité forfaitaire de 40 € (B2B)

Pour toute facture B2B impayée, l'indemnité forfaitaire de l'article L. 441-10 du Code de commerce est due de plein droit — mais comme les intérêts, elle doit être explicitement mentionnée dans la requête. Voir notre guide dédié à l'indemnité forfaitaire.

Exemple chiffré

Poste à chiffrer dans la requêteMontant
Facture n° 2025-114 du 12/09/2025 (échéance 12/10/2025)4 800,00 €
Intérêts au taux légal majoré (B2B, taux BCE + 10 pts = 12,65 %) du 13/10/2025 au 24/04/2026 (194 j.)322,74 €
Indemnité forfaitaire (art. L. 441-10 C. com.)40,00 €
Intérêts à courir jusqu'au parfait paiementAu taux de 12,65 %
Total réclamé au jour de la requête5 162,74 €
À éviter absolument : une requête qui se contente de demander « 4 800 € » laisse filer 362,74 € d'accessoires, plus tous les intérêts qui courront jusqu'au paiement effectif. Sur un portefeuille de 50 créances par an, c'est plusieurs milliers d'euros que le créancier perd par pure négligence rédactionnelle.
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Nos conseils pour sécuriser votre requête

Préparer un décompte daté et signé

Joignez à votre CERFA un décompte séparé, daté du jour du dépôt, qui détaille ligne par ligne : principal, intérêts, forfait, frais. Le juge apprécie un dossier clair et accepte plus facilement la demande telle que présentée.

Indiquer le taux appliqué et son fondement

Précisez « taux d'intérêt légal de l'article L. 313-2 du Code monétaire et financier » pour une créance civile, ou « taux de pénalités contractuelles de X % visé aux CGV du « » » pour une créance commerciale assortie d'une clause. Joignez la copie des CGV signées.

Demander explicitement les intérêts à courir

Formule type à reprendre : « Les intérêts continueront à courir sur le principal au taux de X % à compter du dépôt de la présente requête et jusqu'au parfait paiement. » Sans cette phrase, vous perdez les intérêts post-ordonnance.

Anticiper la signification — vous n'avez plus que 3 mois

Dès la réception de l'ordonnance, contactez le commissaire de justice et transmettez l'adresse actualisée du débiteur. Au-delà de 3 mois, tout est à recommencer, intérêts compris.

Utiliser un calculateur fiable pour éviter toute erreur

Le juge sanctionne les décomptes faux ou imprécis par un rejet partiel. Un outil qui applique automatiquement les taux officiels semestriels (Banque de France, Banque centrale européenne) élimine ce risque.

En résumé : ce qu'il faut retenir

Le décret n° 2026-96 du 16 février 2026 réduit la signification à 3 mois et automatise l'information du créancier en cas d'opposition.

Les nouvelles règles s'appliquent aux ordonnances rendues à compter du 1er septembre 2026.

L'article 1407 CPC reste inchangé : principal, intérêts échus, intérêts à courir et forfait 40 € doivent tous apparaître dans la requête, sans quoi ils sont définitivement perdus.

Un décompte précis et daté, accompagné du taux et de son fondement, est le meilleur moyen de sécuriser une ordonnance pleinement exécutoire.

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