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Recouvrement de créances en France : guide complet 2026

Impayés, relances, mise en demeure, intérêts de retard, injonction de payer… Découvrez toutes les étapes du recouvrement de créances en France et comment maximiser vos chances de récupérer vos sommes dues.

InteretsLegaux.fr20 février 202612 min de lecture

Qu'est-ce que le recouvrement de créances ?

Le recouvrement de créances désigne l'ensemble des démarches entreprises par un créancier pour obtenir le paiement d'une somme qui lui est due par un débiteur. En France, ce processus est encadré par plusieurs textes législatifs, notamment le Code de commerce, le Code civil et la loi de modernisation de l'économie (LME) du 4 août 2008.

Les chiffres sont éloquents : selon la Banque de France, les défaillances d'entreprises liées aux impayés représentent chaque année des milliards d'euros de créances non recouvrées. Pour une PME, un impayé de quelques milliers d'euros peut suffire à mettre en péril sa trésorerie. Agir rapidement, méthodiquement et en connaissant ses droits est donc indispensable.

Bon à savoir : La prescription des créances entre professionnels est de 5 ans (art. L. 110-4 Code de commerce) et de 2 ans entre un professionnel et un consommateur (art. L. 218-2 Code de la consommation). Ne laissez pas vos créances se prescrire.
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Le recouvrement amiable

Avant tout recours judiciaire, la loi et le bon sens recommandent de tenter un recouvrement amiable. Cette phase, moins coûteuse et plus rapide, permet souvent de régler le litige sans passer devant un tribunal.

1.1 Les relances amiables : e-mail, téléphone, courrier simple

Dès le lendemain de l'échéance non honorée, envoyez une première relance par e-mail ou téléphone. Cette démarche est souvent suffisante dans 60 % des cas, notamment lorsqu'il s'agit d'un simple oubli. Restez courtois mais ferme, et conservez une trace écrite de chaque échange.

  • J+1 à J+8 : relance par e-mail ou SMS avec rappel de la facture et du montant dû
  • J+15 : relance téléphonique pour identifier un éventuel litige commercial
  • J+30 : courrier simple ou recommandé avant mise en demeure formelle

1.2 La mise en demeure : l'acte incontournable

La mise en demeure est une demande formelle adressée au débiteur lui intimant de payer sous un délai précis (généralement 8 à 15 jours). Bien qu'elle ne soit pas obligatoire légalement pour réclamer des intérêts de retard en B2B, elle constitue un acte fort qui :

  • Démontre le sérieux de votre démarche
  • Constitue une preuve indispensable en cas de recours judiciaire ultérieur
  • Fait courir les intérêts moratoires en B2C (art. 1231-6 Code civil)
  • Est obligatoire avant toute injonction de payer

Elle doit être envoyée en lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) et mentionner : l'identité des parties, le détail de la créance (numéro de facture, montant principal, intérêts de retard calculés), le délai accordé pour payer, et les suites envisagées en cas de non-règlement.

1.3 L'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 €

En matière de transactions commerciales entre professionnels (B2B), la loi LME prévoit une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 € par facture impayée (art. D. 441-5 du Code de commerce). Cette indemnité est :

Ce qu'elle est
  • • Automatiquement due dès le premier jour de retard
  • • Cumulable avec les intérêts de retard
  • • Non soumise à TVA
  • • Due même sans préjudice démontré
Ce qu'elle n'est pas
  • • Ne s'applique pas aux particuliers (B2C)
  • • Ne remplace pas les frais réels si supérieurs à 40 €
  • • Ne dispense pas d'envoyer une relance
  • • Non applicable aux procédures collectives
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Les intérêts de retard légaux

Les intérêts de retard sont des pénalités financières qui s'accumulent automatiquement dès le lendemain de la date d'échéance de la facture. Ils constituent un droit du créancier, non soumis à une clause contractuelle préalable en B2B.

2.1 Les taux légaux applicables en 2026

Type de créancierTaux S1 2026Base légale
Particulier (B2C)6,67 %Art. 1231-6 CC
Professionnel (B2B)2,62 %Art. L. 441-10 C.com
Taux minimum légal B2B (BCE + 10 pts)BCE + 10 %Art. L. 441-10 C.com

* Les taux légaux sont révisés chaque semestre par arrêté du ministre de la Justice. Le taux BCE (Banque Centrale Européenne) désigne le taux de sa facilité de prêt marginal.

2.2 Comment calculer les intérêts de retard ?

Formule de calcul
Intérêts = Montant dû × Taux annuel × (Jours de retard ÷ 365)
Exemple :
Facture de 5 000 € impayée 90 jours (taux B2B 2,62 %)
→ 5 000 × 0,0262 × (90 ÷ 365) = 32,38 €
+ Indemnité forfaitaire 40 € → Total réclamable : 72,38 €

2.3 Spécificités B2B vs B2C

B2B (entre professionnels)
  • • Intérêts dus de plein droit, sans mise en demeure
  • • Taux minimum : BCE + 10 points de % (art. L. 441-10)
  • • Indemnité forfaitaire de 40 € obligatoire
  • • Délai de paiement maximum : 60 jours date facture (ou 45 jours fin de mois)
  • • Clauses dérogatoires nulles si au détriment du créancier
B2C (professionnel → consommateur)
  • • Intérêts dus à partir de la mise en demeure (art. 1231-6 CC)
  • • Taux légal S1 2026 : 6,67 %
  • • Pas d'indemnité forfaitaire de 40 €
  • • Délai légal variable selon contrat / loi
  • • Anatocisme possible après capitalisation judiciaire
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Les délais de paiement légaux (Loi LME)

La loi LME (Loi de Modernisation de l'Économie) du 4 août 2008 a uniformisé les délais de paiement entre professionnels en France pour réduire les tensions de trésorerie dans la chaîne de valeur.

RègleDélai maximum légal
Délai de droit commun (B2B)30 jours après réception de la marchandise / prestation
Délai dérogatoire maximum (B2B)60 jours à compter de la date d'émission de la facture
Délai fin de mois45 jours fin de mois à compter de la date d'émission
Dérogations sectoriellesAutorisées par décret (transport, agroalimentaire, etc.)
Sanctions : Le dépassement des délais légaux expose le débiteur à des amendes administratives prononcées par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), pouvant atteindre 2 millions d'euros pour une personne morale.
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Le recouvrement judiciaire

Si les démarches amiables échouent, le créancier peut saisir la justice. Plusieurs procédures existent selon l'urgence, le montant et la nature de la créance.

4.1 L'injonction de payer

L'injonction de payer est la procédure judiciaire la plus utilisée pour les créances certaines, liquides et exigibles. Elle permet d'obtenir rapidement une décision exécutoire sans audience contradictoire.

31,80 €
Coût (frais de greffe)
~2 semaines
Délai moyen via tribunal digital
En ligne
Dépôt via INJONCTION
Conditions : La créance doit être contractuelle ou résulter d'une obligation légale ou réglementaire de caractère privé. Une LRAR préalable au débiteur est obligatoire. Le juge peut rendre une ordonnance portant injonction de payer, que le débiteur peut contester dans un délai d'un mois.

4.2 Le référé-provision

Le référé-provision permet d'obtenir rapidement une avance sur une créance non sérieusement contestable. Le juge des référés peut accorder une provision (paiement partiel ou total) en quelques semaines, sans attendre un jugement au fond.

  • Procédure rapide : audience dans les 2 à 6 semaines
  • Exécution provisoire de droit depuis la réforme de 2019
  • Nécessite que la créance ne soit pas sérieusement contestable

4.3 L'assignation au fond

Pour les créances importantes ou sérieusement contestées, l'assignation au fond devant le tribunal de commerce (ou judiciaire) est la voie classique. La procédure est plus longue (12 à 24 mois) mais permet un examen complet du litige.

4.4 Le rôle de l'huissier de justice (commissaire de justice)

Depuis 2022, les anciens huissiers de justice sont devenus des commissaires de justice. Ils interviennent à deux stades :

  • Phase amiable : signification de mises en demeure avec force probante accrue
  • Phase judiciaire : signification des actes de procédure et exécution forcée des décisions (saisies)
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Les délais de prescription à ne pas négliger

La prescription est le délai au-delà duquel une créance ne peut plus être réclamée en justice. Passé ce délai, le débiteur peut légalement opposer la prescription à toute action en paiement.

Entre professionnels
5 ans
Art. L. 110-4 Code de commerce
Professionnel → Consommateur
2 ans
Art. L. 218-2 Code de la consommation

La prescription peut être interrompue par une reconnaissance de dette, une mise en demeure, un acte d'huissier ou une action en justice. Elle repart alors à zéro. Elle peut également être suspendue dans certains cas (médiation, conciliation).

6 conseils pratiques pour maximiser vos chances de recouvrement

01
Agissez sans délai

Chaque jour de retard réduit vos chances de recouvrement. Statistiquement, une créance impayée depuis plus de 6 mois a moins de 50 % de chances d'être récupérée intégralement.

02
Constituez un dossier solide

Conservez tous les documents : contrat signé, bons de commande, bons de livraison signés, factures, échanges e-mails, preuves d'envoi. Un dossier incomplet fragilise votre position.

03
Calculez précisément vos intérêts

Appliquez le bon taux selon la nature de la créance (B2B ou B2C). N'oubliez pas l'indemnité forfaitaire de 40 € en B2B. Utilisez un calculateur pour éviter les erreurs.

04
Envoyez la mise en demeure par LRAR

La lettre recommandée avec accusé de réception est la preuve légale de votre démarche. Conservez l'accusé de réception, qui pourra être produit en justice.

05
Vérifiez la solvabilité du débiteur

Avant d'engager une procédure judiciaire coûteuse, vérifiez que le débiteur n'est pas en procédure collective (redressement, liquidation judiciaire). Un Kbis récent et une consultation de l'INFOGREFFE s'imposent.

06
Anticipez en renforçant vos CGV

Pour l'avenir, assurez-vous que vos Conditions Générales de Vente (CGV) mentionnent explicitement les taux d'intérêts de retard, l'indemnité de 40 € et les délais de paiement applicables.

Conclusion

Le recouvrement de créances en France est un processus structuré qui va de la simple relance amiable jusqu'aux procédures judiciaires les plus contraignantes. La clé du succès réside dans la rapidité d'action, la rigueur documentaire et la connaissance des textes légaux qui protègent le créancier.

Les intérêts de retard et l'indemnité forfaitaire de 40 € sont des droits que beaucoup d'entreprises n'exercent pas faute de temps ou d'outils adaptés. Pourtant, sur un portefeuille de factures impayées, ces sommes peuvent représenter un montant significatif.

Des outils comme InteretsLegaux.fr permettent de calculer automatiquement ces montants, d'appliquer les bons taux légaux et de générer les documents nécessaires (mise en demeure, rapport PDF) en quelques secondes.

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